Le travail intergénérationnel en clinique vétérinaire : comment construire une équipe qui traverse les générations

Le 1er avril dernier, ProVéto Junior Conseil a eu l’opportunité d’accueillir Justine Bogard et Sébastien Van Kote, docteurs vétérinaires exerçant à la Clinique Vétérinaire de Maisons-Mesnil. Ils sont venus animer une conférence sur un sujet qui a été remis au centre des échanges depuis quelques années maintenant : le travail intergénérationnel en clinique vétérinaire. À travers leurs retours d’expériences, ils ont dressé un constat lucide, sans filtre, mais surtout constructif du travail d’équipe.

1. Déconstruire les clichés pour mieux collaborer

Tout d’abord, le travail intergénérationnel se définit, au niveau professionnel, comme la présence de différentes générations au sein d’une même entreprise. Le Dr. Bogard, diplômée de l’Université CEU Cardenal Herrera à Valence en 2023, est la junior de l’équipe. Elle travaille tous les jours avec le Dr. Van Kote, le sénior, diplômé quant à lui en 1995 de l’EnvA.

Entre ces deux générations, les clichés persistent. Les juniors seraient “trop théoriques”, les seniors “figés dans leurs habitudes”. En réalité, les intervenants le rappellent : la clé pour pallier ces clichés est avant tout de ne pas les ignorer et de les mettre sur la table. En effet, derrière ces différences se cache une évolution profonde du métier. Les jeunes diplômés arrivent avec des connaissances fraîches, une approche parfois plus critique et une attente forte en matière d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. En face, les seniors incarnent l’expérience clinique et la connaissance fine de la clientèle.

2. Le duo junior–senior : entre tension et richesse

Dans les faits, la collaboration peut parfois être conflictuelle. En effet, les visions divergent sur la façon de soigner, la gestion des cas et le rapport au temps et à la charge de travail. Pourtant, aujourd’hui, une tendance de fond change la donne : les jeunes vétérinaires n’hésitent plus à changer de structure. Ainsi, les seniors font davantage d’efforts pour créer une “zone commune”, un espace où chacun peut trouver sa place. Par exemple, le Dr. Bogard a été à l’initiative de changements “Cat Friendly” dans la clinique. Chacun exprime ses attentes et ses craintes et tout cela commence dès le recrutement. En outre, l’entretien est le premier terrain d’alignement entre la nouvelle recrue et le vétérinaire installé. Au-delà du CV, les questions évoluent :

  • Comment voyez-vous le métier ?
  • Quelle est votre approche du soin ?
  • Quelles sont vos attentes dans la structure ?

On ne recrute plus seulement des compétences, mais une vision.

3. La complémentarité du binôme sénior-junior

Le senior n’est pas qu’un référent technique. Il devient pour le junior un repère et un soutien dans la recherche de diagnostic ou la gestion des émotions, notamment au moment des euthanasies. C’est lui qui transmet les codes de la clientèle et accompagne dans les premiers cas complexes. Côté junior, la réalité est souvent plus rude que celle anticipée. Le stress élevé et le syndrome de l’imposteur rendent les premières journées en clinique difficiles. C’est pourquoi le rôle du sénior et son accompagnement sont essentiels.

Si le sénior possède les hard skills (expertise clinique, ajustement des protocoles d’anesthésie, prise de décision rapide, expérience terrain), le junior apporte de nouveaux soft skills (communication, nouvelle approche de la relation client, capacité à questionner les pratiques). Toutes ces compétences sont indispensables à la performance globale de la structure vétérinaire.

Finalement, le binôme junior-sénior une fois formé doit apprendre à travailler ensemble. Cela implique communication, compréhension des différences et capacité à se remettre en question. Discuter de ce qui nous rapproche plutôt que de ce qui oppose devient primordial.

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